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Est-ce cracher dans la soupe que de dénoncer les dérives et lacunes de l’institution ?



Voilà une expression qui ressort occasionnellement sur nos espaces en ligne quand il s’agit de débattre sur la base de témoignages du quotidien des gendarmes.

Administrant les supports en ligne d’AG&C depuis 3 ans et en particulier la page Facebook j’ai pu constater que ce n’était pas une généralité mais il arrive parfois qu’en réponse au retour d’un gendarme en difficulté certains par ignorance ou désir de plaire invoquent une fin de non-recevoir citant quelques répliques dénuées de tout arguments « c’est peut être pire ailleurs », « il ne faut pas cracher dans la soupe », « on lave le linge sale en famille »... Sans doute ce fameux esprit de cohésion consistant à ignorer son camarade en peine afin de coller au mieux au slogan « Une force humaine » ? Ironie mise à part il est établit et personne ne peut le nier qu’en Gendarmerie et parce que c’est la Gendarmerie la majorité ont des qualités humaines, un sens du devoir sans égal et un désir sans failles de dépasser leurs limites pour servir dans l’intérêt de tous. Mais en démocratie la majorité n’est pas la généralité et c’est l’ensemble qui doit être pris en compte, nous ne pouvons laisser de côté ceux qui payent des actes de leurs camarades n’ayant pas les qualités requises pour servir avec dignité et humanité. Oui, il existe en Gendarmerie et comme dans toutes les professions des individus serviles, complaisants des dérives ou s’en arrangeant, sans oublier quelques barons locaux jamais avares d’appliquer leurs commandements avec mépris et suffisance toujours au préjudice du bon moral des troupes.

La raison d’exister d’une association professionnelle n’est-elle pas justement la critique ? Critiquer est-il forcément l’outil des fainéants aigris ? Quand nous subissons un accroc dans la vie ne sommes-nous pas capable d’être critique avec bon sens et intelligence afin de faire valoir notre position pour améliorer notre condition ? Qui critique en Gendarmerie ? Les PPM ? Si un grand nombre d’entre eux ne déméritent pas, ne sont-ils pas pour une partie des commandements les adjoints au commandant de compagnie ? Comment envisager que les paroles soient impartiales quand le système en lui-même ne permet pas une liberté totale d’expression ? Il en est de même pour le CFMG qui encore une fois malgré la bonne volonté d’une grande partie de ses membres est verrouillé en termes de communication, le dernier entretien avec le président de la République suffit pour s’en convaincre.

AG&C a communiquée dernièrement sur le déblocage de fonds au bénéfice de la Gendarmerie, la direction générale s’est félicitée et se trouve satisfaite d’avoir obtenue le déblocage de quelques millions d’euros pour boucler l'exercice 2015. Voilà la seule parole valable à prendre en compte et à ne surtout pas critiquer. Bravo, nous avons grappillé quelques millions en périodes de disette. Devons-nous en rester là ? Si nous avons un esprit critique intelligent, les chiffres et les faits sont là pour démontrer que c’est non ! Une association professionnelle en Gendarmerie à toute sa place et sa légitimité car elle est indépendante pour critiquer cette mesure :

Parlons millions, promesse de 40 millions d’euros pour le renouvèlement des véhicules. Cela représente 2000 véhicules. Aujourd’hui pour respecter les conditions de mises en réformes des véhicules (ça devrait en faire sourire certains : 8 ans et 200 000km) il faudrait acheter plus de 6000 véhicules. Nous avons donc un déficit de 4000 véhicules et il manque 80 000 000 €. Qui le dénonce ? Est-ce cracher dans la soupe que de dénoncer cette réalité ? La dénoncer est au préjudice de qui ? Des gendarmes sur le terrain réalisant des interventions en Focus de 2006 avec 350 000 km ?

Encore des millions, promesse de 70 millions d’euros pour la rénovation du parc domanial. Sur plus de 700 casernes que possède l’Institution environ 400 sont dans un état qui ne permettrait pas de les louer dans le civil et quelques dizaines indignes d’un pays développé. Il faudrait, pour avoir un parc sein et digne de la profession, un budget de 200 millions d’euros par an sur 5 ans soit 1 milliard en tout. 70 millions ? Il manque 130 ! Alors, qui le dénonce ? Est-ce cracher dans la soupe que d'énoncer cette vérité objective? La dénoncer est au détriment de qui ? Des gendarmes habitant des logements sans chauffages avec des champignons sur les murs à cause de l’humidité ?

Finalement, qui reste-t-il faisant parti de l’institution pour être critique ? En l’état et selon les moralisateurs partisans de la bonne soupe, le commandement, seul le commandement est compétent pour dénoncer les dérives dans la profession, j’ajouterai dans certains cas seul le commandement est compétent pour dénoncer les dérives du commandement. De par mes fonctions, je suis souvent le premier contact des divers retours que nous avons et en 3 années, j’ai lu plusieurs dizaines de milliers d’interventions d’actives avec pléthores d’arguments positifs ou négatifs. J'ajouterai être le témoin de ces réalités depuis autant que je me souvienne ayant toujours vécu en Gendarmerie, mais je dois avouer qu’aujourd’hui je ne comprends toujours pas le discours de certains. Le gendarme capable de travailler plus de 300 heures par mois tout en s’occupant de sa famille, balloté sur le territoire au gré de ses affectations, aux qualifications professionnelles à faire pâlir un énarque et côtoyant la mort lors d’interventions au service de l’ensemble de la population quand ce n’est pas au sein même de son unité avec la perte d’un camarade est incapable d’être logique, lucide et cohérent quand il s’agit de faire valoir ses droits écrits noir sur blanc dans les textes car il ne faut pas cracher dans la soupe et que seul le commandement est apte à la critique... C’est irrationnel et incompréhensible !

L’humanité est faite de bon et de mauvais, de considération et de mépris, d’assiduité et de négligences mais nous avons là, avec des outils comme les associations professionnelles l’opportunité de la critique intelligente au sein d’une institution multiséculaire n’ayant d’égal que les femmes et les hommes qui la servent avec passion et don de soi. Nous ne crachons pas dans la soupe, nous l’agrémentons de quelques ingrédients, un peu plus de saveur pour prendre de la hauteur. La critique oui, mais pour construire !

Jérémy Langlade Directeur Technique d’AG&C


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