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La gestion du personnel en Gendarmerie, un échec ?



Début janvier le « Huffington Post » nous gratifiait d’une étude forte intéressante sur la gestion « humaine » du personnel dans le secteur civil. Si le gendarme a un statut militaire cela n’en fait pas pour autant une moindre personne, un personnel moins humain et n’aspirant pas aux mêmes critères de gestion. Le 11 mars 2012 le candidat qui allait devenir notre président déclarait « Il est temps de reconnaître aux militaires qu’ils sont des citoyens à part entière », force est de constater qu’ils ne sont toujours que des quarts ou des moitiés...

Cette étude initialement publiée dans le magazine économique américain « Forbes » se traduit par une petite dizaine de raisons poussant les bons employés à démissionner. Le management à l’américaine ayant remplacé la gestion d’entreprise made in France « en bon père de famille » voilà une bonne occasion justifiant de prendre cet exemple en modèle.

Pour commencer l’auteur part à la charge d’un phénomène très répandu au sein de notre institution, cette faculté qu’ont nos dirigeants à mousser comme un demi fraîchement servi quand il s’agit de vanter les mérites, le talent et le savoir-faire de tous ces personnels de terrain dans pléthores d’unités... Chaque réunion, chaque déplacement officiel, chaque discours à coup de bilan statistique n’est jamais avare en compliments sur l’efficacité des troupes mais finalement il est dit bien peu de choses sur le vrai quotidien du personnel et les conditions dans lesquelles il parvient à accomplir sa tâche dans la contrainte et avec ubiquité. Cela peut sembler anodin mais avec le temps et les années de service ce manque de considération des « élites » ne fait qu’accentuer la sensation d’abandon et le manque de reconnaissance. Par contre quand il s’agit de reconnaître le mérite des dirigeants en leurs attribuant une prime conséquente (IFR) qu’ils soient efficients ou non, là on sait trouver les mots et les arguments... Tout cela ne peut se traduire que par la fuite des bons éléments, le désamour d’un métier qui était initialement une passion ou une vocation, la passerelle GN--> PN, la démission ou pire...

Une des raisons de cette fuite des volontaires, est cette faculté qu’a la gendarmerie à « sanctionner » ses bons éléments. Qui n’a pas connu cette impossibilité à muter et donc à évoluer parce qu’il ou elle était un peu « au-dessus du lot » ? « J’ai demandé ma mutation pour me rapprocher de mes parents malades ou pour offrir une meilleure qualité de vie à ma famille et je suis coincé ici car j’ai de bonnes stats en jud... ». Cette méthode n’est pas courante dans notre institution, elle est une règle établie ! Ce gendarme qui a du talent et qui en fait profiter l’institution n’a que faire des belles paroles et il n’est pas difficile d’imaginer son état d’esprit après des années de frustration à voir des camarades moins doués ou déviants obtenir satisfaction immédiatement. En Gendarmerie on favorise plus facilement le « problématique » que le « compétent ». Cette faute professionnelle de management est une des premières causes du rinçage des troupes, cela génère un mal-être qui peut tuer dans le temps.

Le temps d’activité hebdomadaire du gendarme est aussi une des raisons principales du désamour de son métier. Selon la direction générale le temps d’activité moyen du gendarme est de 80/90 heures par semaines. L’étude explique qu’au-delà de 55 heures il n’y a plus aucun intérêt pour le personnel, que pour l’intéresser il faut le « récompenser », il faut « compenser » ! Heureusement sur ce point la Gendarmerie est au rendez-vous et s’est battue pour obtenir l’IFR... Sauf que cela ne concerne que ceux qui ne dépassent que trop rarement les 40 heures hebdomadaires et qui vivent confortablement dans un bureau chauffé aux portes capitonnées... Et dire que nos dirigeants n’arrivent pas à comprendre ? Que les actives de la base qui font 90 heures par semaine prennent cette avancée pour un doigt d’honneur... Honneur, ce mot utilisé à toutes les sauces chez nous sauf pour ceux qui le défendent vraiment !

Sur le même thème, la raison suivante « Ils ne sont pas reconnaissants et ne récompensent pas le travail bien fait », inutile d’épiloguer sur le sujet car encore une fois la Gendarmerie est au rendez-vous avec sa fameuse prime au mérite...

Parmi les éléments de l'étude, un dernier bien savoureux retient notre attention : « Ils ne se soucient pas de leurs employés ». On apprend qu’il est tout simplement impossible de travailler plus de 8 heures par jour pour une personne qui ne s’intéresse pas à vous... Si on traduit cela sur l'organisation de la gendarmerie c’est le Graal de cette étude. On ne rentre pas en Gendarmerie pour travailler aux 35 heures, de même qu’on ne rentre pas en Gendarmerie pour geindre sur son temps d’activité au service du citoyen mais il y a des limites que le corps humain ne peut dépasser et le port de l’uniforme flanqué de la grenade bois de cerf n’attribue pas des supers pouvoirs sinon cela se saurait. Dans l’indifférence générale, le gendarme accumule toujours plus de fatigue, ne serait-il pas temps d’en finir avec ce travail jour/nuit ? Qui travaille encore le jour ET la nuit en 2016 avec des temps de récupérations ridicules pas toujours respectés ? Surtout que des solutions internes existent pour que ce quotidien professionnel soit amélioré ! Nous sommes dans une phase de recrutement positive, ce qui est déjà une avancée après 15 années de liposuccion des effectifs mais il est temps d’encadrer le management local et d’imposer des contraintes aux gestionnaires ! Il faut en finir avec les barons locaux (jusqu’aux régions qui sont le premier filtre à particules des remontés de la réalité du terrain). Le gendarme de par son statut, de par son choix de carrière est justement là pour avoir une amplitude horaire conséquente alors soucions nous de son quotidien, faisons en sorte de l’améliorer au-delà des beaux discours vu et entendu ici et là dans les inspections, les feuilles de route ou les blogs...

Imposons une contrainte de résultat humain et respectueux des textes aux gestionnaires, récompensons le serviteur à la hauteur de son temps de travail, n’ayons pas peur des mots, oui le gendarme mérite de bénéficier d’une augmentation de solde conséquente et d'un logement décent. Il y a encore 20 ans le gendarme gagnait 1 fois et demi voir 2 fois le SMIC aujourd’hui avec son temps de travail il ne le gagne même plus !

Nos dirigeants se foutent de nous et ils se sont octroyé une prime pour ça.


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