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Quotidien d'un gendarme... Qu'est ce qui a changé en 5 ans ?



La fin du quinquennat est l’occasion pour moi de faire un petit bilan personnel de 5 années passées dans une unité de pur terrain en banlieue d'une des plus grandes villes de France.

J’y ai été affecté juste après l’élection présidentielle de 2012. J'avais une dizaine d'années de service.

La première chose qui me vient à l'esprit est la dégradation de la condition de Gendarme et des forces de l'ordre en général. Il sera difficile pour nous en cette fin de mandat, d’être plus dénigrés, mal considérés, non soutenus, mis en doute et défiés de toutes parts.

Notre chef suprême nous a « chié dans les bottes » en première page de tous les médias. Ses amis d'extrême gauche ont vite emboîté le pas.

Tout de suite après, vient la dangerosité du port d'un uniforme qui est maintenant une cible à découvert.

L'ennemi terroriste est partout en France.

En 2017, je porte une arme, même hors service. Jamais je n'aurais éprouvé ce besoin avant. Le phénomène de terrorisme ne peut que s'amplifier et rien ne l'enrayera définitivement. Sa croissance est exponentielle.

Point de vue équipement, j’ai la même Renault Mégane qu’en 2012, avec 285.000kms au compteur et 2 accidents. Je n’ai jamais eu de nouveau VL banalisé alors que c’est un avantage évident pour mon métier. Je ne crois pas qu'il soit prévu d'en acquérir de nouveaux.

De toute façon, il n'y a pas de radio dans tous mes véhicules, donc m'en donner un nouveau sans moyen de transmission serait inutile. Je me sers plus souvent d'une radio que d'une arme et elle m'a aussi déjà sauvé les fesses.

Mon gilet pare-balle discret a fêté ses 13 années de service quotidien, je doute de son efficacité.

Je n’ai jamais vu arriver les radios individuelles promises après le décès de mes camarades de Collobrières. J’ai fini par en acheter en Chine à 15€ pièce. Pas le choix, communiquer avec mes coéquipiers est indispensable sur le terrain.

Je m'entraînais à tirer avec 30 cartouches par an, j'en ai 60 maintenant. Je n’ose pas chercher les chiffres des autres polices européennes... Je n’ose pas leur en parler non plus.

Point de vue reconnaissance de mes chefs, je n’ai pas changé de grade, malgré les différents systèmes d’avancement dits « au mérite ». La situation a même empiré en raison des multiples détachements auxquels je suis contraint, à mes frais, sans aucun retour de ma hiérarchie. Ceci afin de pallier un manque d'effectif dédié à la formation.

Ma solde est aussi restée la même à quelques euros près.

Point de vue efficacité, l’ancienne garde des sceaux a clairement nui à la rentabilité de mon action, pour ne pas dire qu’elle l’a rendue inutile… La justice est plus laxiste qu'elle ne l'a jamais été.

Des officiers supérieurs et mes camarades policiers le crient haut et fort depuis des mois mais personne ne les écoute.

Le dernier millimètre de respect dû à ma fonction a totalement été raboté par l'action conjointe du Président et des médias. Le délinquant ressent une impunité totale dont il me fait part à chaque interpellation. Il n'hésite d'ailleurs plus à nous mettre en danger par défiance de l'autorité. Il y a un total déséquilibre entre droit et devoir.

Je me rappelle également que dans mon ancienne affectation, nous ne devions plus effectuer les escortes de détenus. Un mandat présidentiel après, rien n’a changé.

Point de vue temps de travail, je ne sais plus trop quoi penser. Suis-je comme un civil, qui compte les minutes qu’il passe au boulot ? Dois-je revendiquer mes droits et dénoncer les tricheries d'un chef qui subit un changement radical de gestion du temps sans y avoir été formé ? Est-ce que ça va durer ? Devrais-je sombrer également dans le laxisme ambiant ? Sur ce sujet, l'avenir est un épais brouillard.

Point de vue logement et casernement, absolument aucun changement. Même délabrement de ma caserne qui n'a pas changé en 5 ans. Des chiffres de « crédits exceptionnels » sont annoncés sur intranet, mais pas un centime n'arrive jusqu'à moi.

Il y a aussi des points positifs :

Les 3 ans de direction du Général Favier qui a bien dépoussiéré une gendarmerie plus qu'archaïque. Malheureusement, le capitaine a quitté le navire. La feuille de route s'essouffle sans l'élan de son créateur. Elle ne durera pas.

On m'a donné une tablette NEOGEND en 4G pour accéder aux fichiers centraux sur la voie publique et accéder rapidement aux renseignements. Il était temps, je ne peux que saluer cette avancée.

On a simplifié et adapté un cadre légal d'usage de mes armes pour pouvoir me défendre n'importe où et n'importe quand. L'effort ne vient pas de chez nous, mais on en profite quand même.

On m'a donné des couvertures anti-feu et une trousse de secours ! ! ! !...

Voilà le bilan personnel que je fais de ces 5 dernières années. Dans une époque où les promesses vont bon train, où rien n’est acquis et aucune décision ne dure vraiment, c’est sur mes camarades, qui agissent à mes côtés, que je compte. Ceux qui sont concernés.

Si j'écris ici, c'est aussi parce que pendant ce quinquennat, j'ai adhéré à Gendarmes et Citoyens légalement et c'est sur eux que je mise pour les 5 années à venir.

Le gendarme du « socle »


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