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Pourquoi tant de défiance ?



On sait, en embrassant le métier de gendarme, que les risques liés aux divers aspects des missions sont de nature à causer des blessures physiques. La formation initiale est enseignée pour préparer les militaires à ces éventuels dangers. Et puis dans l'accomplissement du travail au quotidien, on apprend vite que la négociation, la persuasion et le dialogue permettent souvent de débloquer des situations tendues qui dévoilent le mal-être de personnes en souffrance. Qu'elle soit la conséquence d'une perte d'emploi, d'une séparation difficile, d'une situation financière inextricable ou simplement parce que l'on vit en marge des règles de la société, le gendarme de brigade la reçoit de plein fouet, parfois sans aucun signe avant-coureur. Et quand , parce que le malaise est tellement profond et qu'elle n'entrevoit aucune porte de sortie, la personne franchit les dernières barrières de sa conscience en s'emparant d'une arme pour tirer sur ceux qui sont les premiers à se présenter à lui, ceux-là mêmes qui étaient venus pour parlementer, deviennent la cible involontaire de son esprit disjoncté. Les gendarmes, même s'ils ont vaguement connaissance des méthode à employer pour faire face à ce type de situation, doivent s'employer pour ne pas faire usage de la force armée qui leur est confiée. La visibilité de leur uniforme, leur présence sur 95% du territoire, leur naturelle tendance à se fondre dans la vie de leur circonscription conduisent les gendarmes à affronter en première ligne, tous les tourments d'une société en perte de repères. Souvent les premiers sur une intervention annoncée comme anodine, ils sont le rempart sur lequel comptent les citoyens honnêtes pour mettre fin à un méfait. Confrontés à la misère d'une famille expulsée, au désespoir du père ou de la mère à qui il faut annoncer le décès accidentel de leur enfant, à la colère d'une victime ou plus généralement à la vindicte de plaignants toujours plus exigeants, il s'avère être celui qui par son exemplarité inspire le respect, tout en conservant un sang-froid absolu. Mari, père ou même grand-père, trop fréquemment, son sens élevé du devoir prend le pas sur sa propre vie familiale ou son bien-être personnel. Il ne pleure pas les heures passées à tenter de faire régner le calme dans la cité, à la recherche d'un malfaiteur ou à la prévention de vols en tous genres. Et comme si cela ne suffisait pas, quand, enfin, il peut regagner la caserne, il doit rédiger, rendre compte ou s'escrimer sur des outils informatiques vieillissants.

Son job, comme il le dit vulgairement, il l'aime. Il sait qu'il est contraignant, parfois pénible mais tellement riche de rencontres et varié dans les tâches, qu'il ne prend pas garde à la brutalité de certaines situations. Il se sent investi. Il ne sait pas encore que toute cette abnégation déployée quotidiennement ne pèsera plus rien face à ceux qu'il renseigne régulièrement et pour lesquels il a la plus grande considération. Ces magistrats pour lesquels il n'hésite pas à passer des jours et des nuits à enquêter pour leur présenter des dossiers exploitables, à répondre à leurs réquisitions avec diligence ou à déférer avec célérité à la moindre sollicitation téléphonique, ne lui feront aucun cadeau le jour où ils estimeront qu'il a commis une erreur. Pourtant il continue à avoir confiance, même quand il découvre par hasard que le portrait de victimes figure sur le tableau de leur syndicat, à côté de personnalités célèbres, sous un qualificatif apprécié en son temps par Brassens. C'est quand il mettra sa vie en danger pour interpeller un malfaiteur recherché ou répliquer à un paysan dépressif et armé, et qu'il usera des dispositions des textes législatifs, en dernier recours, pour préserver son intégrité physique ou celle de son camarade, qu'il percevra enfin la rouerie de ceux qu'il sert avec considération et déférence. La mise en examen de celui qui sert ses concitoyens, la justice et son pays sera quasi systématique, quand bien même les premières constatations feraient apparaître qu'il a agi en légitime défense ou en vertu des dispositions du code de la défense. Ces magistrats, campés sur leurs certitudes, balaieront d'une pichenette tous ces arguments, préférant assurément détruire un auxiliaire fidèle de la justice, que faire l'effort de le protéger, avec la bénédiction complice d’un pan entier de la hiérarchie de la gendarmerie qui se contente de relayer que c’est la meilleure manière d’avoir accès au dossier.

Cette posture, que certains qualifient d'idéologique, démontre le peu de reconnaissance de la part de ceux qui rendent la justice au nom du peuple français. La défiance que des juridictions viennent de montrer à l'égard de plusieurs gendarmes, est à mettre au crédit d'un corps dont les membres ne se remettent jamais en question. Il est certainement inutile de rappeler à la mémoire collective les dérives morbides de l'affaire d'Outreau où les irrégularités, l'absence de contrôle et l'arrogance d'un jeune juge a conduit à la faillite sociale, professionnelle et familiale d'un certain nombre de braves gens et à la pendaison d'un innocent. Ce juge n'a pas connu la mise en examen, à peine lui a-t-on infligé un blâme et une mutation dans un emploi où on a pu l'oublier.

Comme si l'actualité collait à ces impérities, les juridictions en arrivent à appliquer des décisions aussi incompréhensives qu'extravagantes. Apparemment, rien n'a gêné le magistrat qui vient de correctionnaliser le viol commis par un homme de 28 ans sur une adolescente de 11 ans. Sans vouloir jeter le discrédit sur l'ensemble des membres de l'institution judiciaire, dont bon nombre sont d'excellents praticiens du droit, il serait peut-être bon de rappeler que le viol, tel que la loi le définit, est : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. » On peut imaginer la colère naturelle des parents de la jeune victime en apprenant que le violeur de leur enfant n'encourt que 5 ans d'emprisonnement parce qu'un magistrat a décidé qu'une fellation imposée à une enfant de 11 ans ne constituait pas un viol. Certes, les magistrats chargés des poursuites ont la possibilité légale de revoir la qualification d'une infraction, sauf que dans de nombreux cas, ils choisissent de le faire pour des raisons pratiques. La principale est de désencombrer les cours d'assises, gourmandes financièrement et dont la lourdeur est réservée aux affaires très importantes. Le Procureur de Pontoise aurait-il agi de la même façon s'il s'était agi d'une proche ? Ou bien, pour éviter que la suspicion n'entache sa décision aurait-il pu l'expliquer de manière à lever les doutes sur la régularité du renvoi devant le tribunal correctionnel. Mais les incompréhensions ne s'arrêtent pas à cette histoire sordide.

Deux gendarmes ayant abattu un malfaiteur multirécidiviste, évadé et recherché et dont la dangerosité avait été signalée, viennent d'être mis en examen pour : « violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Le juge d'instruction a certainement estimé que l'action n'entrait dans le cadre, ni de la légitime défense, ni de l'arrestation de personnes recherchées telle que définie par le code de la défense. Cette affaire rejoint celle de cet agriculteur qui, fonçant au volant de sa voiture sur deux gendarmes, a été abattu. La même qualification a été retenue par un autre magistrat. Les exemples se multiplient et il apparaît clairement qu'il est moins risqué de mettre en examen un militaire de la gendarmerie, dont la mission est d'assurer la sécurité des personnes et des biens et dont les gages de représentativité sont évidents, que d'emprisonner des individus multirécidivistes qui finissent par commettre des meurtres, comme ce fut le cas à Collobrières (Var) en 2012. On sait que les premiers ne feront pas d'histoire et accepteront la rigueur de la sentence, même si elle est provisoire, alors qu'avec les seconds on s'expose à la clameur et au désordre de la rue. On finit par se convaincre que ceux qui sont chargés de protéger la société ne représentent qu'une variable d'ajustement à une pseudo paix sociale dont ils font systématiquement les frais. La présomption de culpabilité colle à sa peau comme une évidence.

Il n'est pas question ici de stigmatiser un corps judiciaire qui connaît aussi de profondes difficultés, il s'agit de dénoncer des pratiques lapidaires de la part de certains magistrats qui ne s'embarrassent d'états d'âme que lorsque l'un des leurs est mis en cause. Au nom d'une idéologie dépassée et politisés de manière manifeste, certains d'entre eux oublient que derrière le gendarme qu'ils viennent de mettre en examen, il y a un auxiliaire de la justice dont la communauté paie chaque année, un lourd tribut en vies humaines, pour assurer la sécurité des français.

La reconnaissance et la considération sont décidément des gros mots dans la tête de certains. « Si la justice se présentait toujours sous l'apparence du courage, il y aurait plus de justice.» (Alain, philosophe)


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