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Gilets jaunes: l'usure des gendarmes



Depuis le 17 novembre 2018, sous le vocable « gilets jaunes », la sphère politico-médiatique désigne des milliers de français de tous horizons qui expriment une forme de souffrance. Les modes de contestation ont conduit l’état à ordonner aux forces de l’ordre l'encadrement d’éventuels débordements essentiellement liés aux blocages de voies de circulation. Le point de non-retour en terme de violence assumée de ce mouvement a été incontestablement franchi le 1er décembre 2018. Toutes les subdivisions d'arme de la Gendarmerie ont été concernées et le sont encore. Les dégâts causés et les images de violences physiques sont désormais gravés dans toutes les têtes. Chacun est libre de se faire sa propre opinion sur les causes de ce mouvement. Il ne s’agit pas d'encenser ou de dénigrer, mais de lancer un signal d'alerte.

La gendarmerie présente sur 95% du territoire.

Les forces de gendarmerie mobile sont déjà mises sous pression dans de nombreux sites de France métropolitaine ou d'outre-mer. Pour la seule journée du premier décembre à Paris, ce sont 23 escadrons qui ont été placés sous réquisition par le Préfet de police de la capitale. Il faut ajouter à ce nombre tous les autres escadrons employés dans les villes de province ou les campagnes. Les gendarmes départementaux ne sont pas en reste. Les chefs territoriaux doivent faire face à des multitudes de points de filtrage placés dans les ronds-points dans les zones exclusives de surveillance de la gendarmerie, c'est à dire sur 95% du territoire français. La force de cette institution réside dans sa capacité à répondre aux sollicitations des autorités et à sa réaction devant des événements imprévus. Les missions se succèdent à un rythme soutenu et laissent peu de place aux repos physiologiques nécessaires à une bonne santé physique. Les gendarmes mobiles n'ont plus le temps de récupérer et les gendarmes départementaux mettent de côté les enquêtes non urgentes. Mais le gendarme est un militaire et il obéit aux ordres. C'est un principe multiséculaire et le militaire de la Gendarmerie ne reculera pas devant l'adversité. Il répondra présent pour accomplir les missions de sécurité et de protection qui sont à la base de son engagement. Cependant, le régime d’emploi des uns, habitués à être déplacés 8 mois par an et des autres, dont la disponibilité constitue l’essence même de la sécurité publique générale au quotidien, ne doit pas constituer une variable d’ajustement à des choix budgétaires discutables.

Pas de place pour l'improvisation.

37.000 hommes et femmes ont été engagés le premier décembre. C'est pratiquement la moitié des effectifs totaux qui sont dédiés à la mission de sécurité publique générale pour la gendarmerie départementale ou au maintien de l'ordre pour la gendarmerie mobile. C'est une situation sans précédent depuis 1968. Les politiques ne s'y sont pas trompés puisque les compliments affluent dans les médias. De manière impromptue, le président de la République a tenu à partager le repas de policiers des compagnies républicaines de sécurité basées à Paris, en début de semaine. Il a même annoncé qu'une prime (dont on ne connaît ni le montant, ni les bénéficiaires, ni la date de versement) serait allouée aux forces de l'ordre. Parallèlement, les médias invitent tous les organismes syndicaux de la police nationale qui expriment, au nom de leurs collègues, une inquiétude concernant la fatigue dont ils souffrent.

Et les gendarmes continuent, dans l'ombre, à assurer la mission, de plus en plus chronophage et dangereuse, pansant les plaies de plusieurs centaines des leurs, blessés depuis le 17 novembre. Ils en arrivent à pallier certaines impossibilités d'assurer la sécurité par les fonctionnaires de la Police Nationale, dans leurs zones de plein exercice. Ils étaient encore plus de 600 à renforcer leurs camarades policiers le week-end du 1er décembre. Ils passent d'un rond-point où ils protègent et conseillent la population ou affrontent certains individus « bien connus des services de police » qui trouvent dans un mouvement social l'occasion de les insulter, les menacer ou carrément les agresser, à une gare de péage sur l'autoroute sans rechigner. Ils assurent la garde statique de bâtiments administratifs et encadrent des défilés de lycéens ou d'ambulanciers avec la même énergie. La fatigue est la même que celle dénoncée par les syndicats de policiers.

Pourtant, le paiement des diverses indemnités est suspendu depuis plusieurs mois, notamment pour les gendarmes mobiles. Les réservistes doivent patienter pour être payés de leurs missions. Les plans de parcours professionnels les concernant sont sans cesse repoussés.

« En même temps », contre toute attente et de manière sournoise, le gouvernement a annulé une partie de la mise en réserve de plusieurs millions d'euros, en octobre 2018. Le directeur de la gendarmerie est obligé de faire des choix budgétaires. Cette façon de reconnaître la loyauté d’un corps dont la communauté paie un lourd tribut chaque année et qui assure la sécurité des français, est pour le moins affligeante, injuste et totalement arbitraire de la part de ceux qui en exigent toujours plus.

On ne doute pas que les gendarmes accompliront leurs missions avec fidélité et courage, souvent dans l'indifférence des sphères politiques et médiatiques. Mais les hommes et les femmes qui œuvrent au quotidien, en faisant rempart de leur corps pour protéger les plus faibles et les institutions, réclament simplement de la considération.

APNM Gendarmes et citoyens est le lanceur d’alerte d'un malaise consécutif à une fatigue élevée dans les rangs des gendarmes. Elle rappelle que les hommes et les femmes qui sont au contact de la misère et mettent en péril leur intégrité physique, méritent plus qu'une simple poignée de main, fût-elle celle du ministre de l’intérieur ou du Chef des Armées.

(Illustration © Olivier CORET / Divergence)


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