Le gendarme ce nanti qui ne paye pas de loyer


Nous lisons souvent ici et là que le gendarme ne paye pas de loyer bénéficiant d’un logement de fonction. Il est bon de rappeler que même si le gendarme ne paye pas de loyer le statut du logement n’est pas comparable au « logement de fonction », c’est un logement concédé par nécessité absolue de service.

La différence est de taille, le premier étant un avantage en nature n’ayant aucun rapport dans l’exécution de l’activité du personnel, on peut considérer cela comme une rémunération supplémentaire, à ce titre l’employeur paye des charges.

Le second « LCNAS » est imposé pour l’accomplissement du service il ne s’agit en aucun cas d’un avantage ou même d’une compensation n’en déplaise à certains « chefs » justifiant l’amplitude horaire de leurs subordonnés par ce biais. Il permet d’avoir un gendarme disponible 24h/24h dans le cadre de sa mission pendant plus de 220 jours par an soit les 2 tiers de l’année.

Soyons honnêtes, en mettant de côté cette réalité légale et statutaire le fait de ne pas avoir à sortir une somme conséquente pour se loger et en particulier pour un jeune est souvent un plus pour démarrer dans la vie ou se diriger vers une acquisition immobilière (qui ne pourra toujours pas être utilisée, dans le cadre du service).

Mais remettons ce logement imposé dans son contexte : rémunération, amplitude horaire, charges...

Un gendarme « moyen » après 15 ans d’activités est soldé (rémunéré) environ 2000€ pour un temps d’activité mensuel de 336,47 heures (moyenne en 2013 voir tableau http://www.forum-agc.com/t3716-temps-de-service-dans-la-gendarmerie-nationale#25115)

42,45 heures d’activité + 51,45 heures d’astreinte = 93,9 heures par semaine X 43 semaines divisé par 12 mois = 336,47 heures par mois

La solde ramenée au temps d’activité nous donne du 5,94 € de l’heure. Si nous ne pouvons raisonnablement penser qu’un gendarme agent de police judiciaire après 15 ans d’activité et diverses formations et/ou responsabilités est payé moins que le smic l’exemple en rapport au logement est d’autant plus criant.

Maintenant ramenons cette « rémunération horaire » au fameux temps d’astreinte justifiant le logement imposé :

51,45 heures d’astreinte X 5,94 € = 305,61 € X 43 semaines divisé par 12 mois = 1095,10€

Le logement est payé par le gendarme en temps d’activité pour un équivalent de 1095,10€.

A cela vient s’ajouter des charges mensuelles prélevées directement sur la solde du gendarme par la gendarmerie. Suivant la localisation, la taille du logement... Entre 100 et 200€/mois de plus considérant qu’il s’agit (entre autre) de la consommation d’eau, de chauffage, des communs... Rien d’anormal si ce n’est que le système toujours imposé ne se justifie d’aucune facture ou déclaration individuelle en rapport à la consommation du gendarme occupant le logement. C’est un prélèvement à la source dont le montant n’est légalement justifié par rien ! Montant faisant souvent l’objet de rappels quelques années après pour des sommes de plusieurs milliers d’euros et toujours sans justifications individuelles. S’il n’est pas réglé volontairement par le gendarme dans le délai imparti, il est directement prélevé sur le bulletin de solde sans décision de justice.

En conclusion le gendarme logé par nécessité absolue de service paye bien son logement en travaillant et ce n’est pas un cadeau. Plus de 1000€ par mois ! Pour des logements entre 70 et 90 m² en général c’est même plutôt cher payé.

Comme tout le monde le gendarme paye son électricité, ses factures et ses impôts.

A cela ajoutons les quelques milliers de logements imposés qui sont dans un état insalubre... J’ai vécu avec ma famille et des enfants en bas-âge pendant 4 ans dans un logement sans chauffage avec des températures maximales atteignant péniblement les 13 degrés ou la seule solution pour préserver la santé de ma famille était les chauffages d’appoints, augmentant nos factures d’énergie de plus de 1500€ pour un trimestre en hiver. Ce logement était imposé.

On découvre aussi la double imposition avec l’accès à la propriété, double taxe d’habitation, double facture d’électricité, doubles charges diverses et célibat géographique imposé si la famille habite la propriété... Dans de nombreuses professions se couper de sa famille 22 jours par mois est un choix, en Gendarmerie c’est imposé et ça a un coût financier supplémentaire.

Voilà ce qu’est le logement concédé par nécessité absolue de service, nous sommes bien loin de l’avantage en nature d’un logement de fonction.

Mais le gendarme ne se plaint pas car il sait que c’est le prix pour mener à bien sa mission au service du citoyen en tout temps et en tout lieu au détriment de sa propre famille. La prochaine fois quand il vous viendra à l’esprit de juger ce gendarme ce nanti qui ne paye pas de loyer, remettez-vous dans le contexte.

Personne n’a une vie ou une condition professionnelle facile mais lui a fait le choix de cette vie parfois compliquée pour être présent à vos côtés de nuit comme de jour pour préserver votre sécurité et vos droits.

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