Gendarme frustré par l'application qui est faite de la loi


Je voudrais vous faire part d'une frustration que j'ai ressentie et que je ressens toujours suite à une de mes missions avec mon escadron, cette année, frustration en lien avec la justice actuelle et l’application qu’elle fait de la loi.

Nous avons, mes camarades et moi même, participé à la mission de sécurisation des métros à Paris cette année durant un peu plus de cinq semaines. J'ai pu constater, à cette occasion les " loupés " et les " fantaisies " du système judiciaire français....et le fait de n'avoir en réalité " servi à rien " à part montrer aux usagers du métro beaucoup de "gendarmes mobiles ".

Nous n'avons servi à rien car notre travail, sur cette mission, n'était autre que du remplissage de statistiques à cause des barrières incessantes imposées par la justice nous empêchant de faire du bon travail. Pourtant nous étions sous réquisition du Procureur afin de procéder aux contrôles des usagers du métro sans restrictions (heureusement dans cette période vigipirate maximum).

Voici quelques exemples que j’ai vécus avec mes camarades. A vous de juger l’application de la Loi sensée protéger les citoyens :

- Contrôle d'un individu seul à côté de la cabine de pilotage d'un métro, aspect et habits typiquement salafiste. L'individu très poli et agréable nous présente ses papiers et n'est autre que le pilote du métro qui n'a pas encore revêtu sa tenue RATP. Par professionnalisme, il est passé au fichier des personnes recherchées et, surprise, il fait l’objet d’une de ces fameuses fiches « S » troisième degré. Conduite à tenir : Rendre compte sans avoir l'air de rien. Laisser cette personne sans rien faire piloter des milliers de franciliens chaque jour n'est il pas comparable à lâcher un pédophile au milieu d'une cour de récréation sans surveillance d'adultes ? Là je sais que l'individu n'a ENCORE RIEN FAIT, mais ma hantise était de voir sa tête à la une des journaux le soir et me dire que je n'ai rien fait....parce que je ne pouvais rien faire. Durant ces 5 semaines de mission nous avons contrôlé un grand nombre de personne faisant l’objet de fiches « S » à se demander à quoi sert la loi.

- Le système judiciaire impose un délai d’une heure maximum entre le contrôle d'un individu et sa présentation devant un OPJ sous peine de devoir le laisser repartir tranquillement....résultat : à Paris, les commissariat étant débordés et nous envoyant à chaque fois aux 4 coins de la capitale, plus de 80 % des personnes que nous avons ramenées ont signés un papier et sont sorties avant nous des commissariat. A Paris ce délai d’une heure est inapplicable. Cela paraît peu important mais la quasi totalité de ces personnes était signalées au fichier des personnes recherchées. En moyenne chaque patrouille interceptait 4 personnes objet de fiches de recherche sur une vingtaine de contrôles effectués.

- Au tripode station " château rouge " une dame âgée nous indique qu'elle vient dans la seconde de se faire voler son téléphone dans son sac. Nous appelons TN RÉSEAU qui revoit la vidéo et nous indique qui a volé le téléphone. En moins de 2 mn 30 nous avons le signalement (particulièrement précis d’un individu) Il ne fait aucun doute qu’il est l’auteur du vol. Il est intercepté mais il a eu le temps de sortir pour remettre le téléphone dérobé à un complice. Malheureusement la victime ne peut donner de signalement ni reconnaître l’individu et pour cause tout s’est passé dans son dos au moment où elle venait de ranger son téléphone dans son sac. Pourtant tout apparaît clairement sur la vidéo. Résultat : consignes du Parquet, laissez le partir puisque le téléphone n’a pas été trouvé sur le voleur et que la victime ne l’a pas reconnu. Imaginez l’étonnement et le désarroi de la pauvre victime désemparée.

Je ne suis pas un spécialiste de droit pénal, je ne suis qu’un gendarme mobile mais vous pouvez imaginer, au vu de ces trois exemples (parmi tant d’autres) le sentiment ressenti par des membres des forces de l’ordre qui ne peuvent accomplir leur mission à cause de textes ou de l’application (ou non application) qui en est faite.

Il faudrait des délais de présentation adaptés en fonction des secteurs où les contrôles ont lieu. Les gens qui font l’objet de fiches « S » ne devraient pas pouvoir circuler aussi facilement (pour preuve le camarade policier gravement blessé récemment par un voyou qui était fiché « S ») Donner plus de poids à la parole de gendarmes assermentés et à des enregistrements vidéo face aux dénégations d’un voyou.

Vous comprendrez aisément que des gendarmes perdent la foi en leur métier par ce manque de considération.

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