Devant les parlementaires : Le directeur de la Gendarmerie déclare: « On avance à pas comptés, mais


Le 8 octobre 2015, Le Général Favier a été entendu par les représentants de la Commission de la défense nationale et des forces armées au sujet du budget. Nous disons bien « représentants » car lorsqu’on annonce 4 membres présents et 22 absents excusés on découvre l’intérêt que suscite la Gendarmerie près des membres de cette commission, les députés présents s’inquiétant principalement de situations concernant leurs circonscriptions ou prétendant que la Gendarmerie s’en sort bien au niveau budget (ça n’est pas pire que si c’était plus mal). L’un de ces parlementaires a même découvert que le moral était en hausse, il devrait être plus précis dans la localisation de ce phénomène qu’on puisse prendre modèle.

Un premier constat permet de dire que le problème récurrent de la mise en réserve du budget pose toujours les mêmes obstacles au gestionnaire numéro un de la Gendarmerie. Il ne peut en être autrement quand on met en réserve une partie d’un budget particulièrement contraint.

La présidente de la commission s’est réjouie de moyens supplémentaires accordés à la Gendarmerie pour 2016, elle oublie de préciser que cette augmentation est loin de suffire pour absorber ne serait-ce qu’une partie du retard accumulé.

Cette année nous n’avons pas retrouvé autant de remarques désapprobatrices et même caustiques, de la part de notre directeur, sur les moyens étriqués alloués à la Gendarmerie. Il a simplement expliqué qu’il allait « adapter les modes d’action par l’innovation pour conserver une capacité de manœuvre ». Il a évoqué l’engagement des gendarmes à Dammartin-en-Goële (mise hors d’état de nuire des frères Kouachi) mais aussi le drame de l’airbus de la Germanwings. Il a précisé que sur cette dernière catastrophe « sans hélicoptères, la manœuvre n’aurait pas été envisageable » certainement une façon de rappeler que la Gendarmerie n’a pu obtenir le remplacement d’appareils anciens et a du décommander un nombre important de machines faute de crédits.

Comme pour faire taire certains syndicats de police qui ne cessent de mettre en avant une activité débordante bien supérieure à celle que déploie la Gendarmerie, il a rappelé que cette dernière était engagée sur 95% du territoire au profit de 50 % de la population.

Lorsqu’il évoque les créations de postes, le général Favier se lance dans des explications sur les renforcements d’effectifs, mélangeant allègrement les années 2015 à 2017, les promesses gouvernementales et présidentielles pour lutter contre le terrorisme ou canaliser l’afflux de migrants, nous arriverions à 500 postes créés en 2016. Le trou à l’emploi n’est plus évoqué mais, connaissant son importance, nous savons qu’il existe toujours.

Quand le directeur de la Gendarmerie annonce «le redéploiement de 71 postes de l’administration centrale » s’il s’agit de renvoyer des personnels d’état-major sur le terrain nous applaudissons et nous aimerions que ce soit généralisé à l’échelon national.

Lorsque le directeur de la Gendarmerie en personne estime que les effectifs sont suffisants pour faire le travail sur le territoire national à condition que les 100 000 gendarmes ( ????) soient bien positionnés nous pouvons craindre que les politiques de tous bords se saisissent de cette réflexion pour faire barrage à toute augmentation du nombre de gendarmes.

S’agissant des moyens, lorsqu’on évoque une « légère » augmentation des crédits qui permettra de maintenir le fonctionnement courant des unités opérationnelles au niveau de 2015, nous comprenons immédiatement que nous sommes repartis dans le MoonWalk de Mickaël Jackson « on avance à reculons ». Pour preuve l’achat prévu de 2000 véhicules quand il en faudrait 3000 pour avoir un parc à peu près correct. De la même manière il est évident que l’état du parc immobilier va connaître une stagnation et qu’il faudra plusieurs années pour espérer un léger progrès si les crédits restent inchangés.

L’expérience du projet NeoGend avec l’affectation d’une tablette numérique à chaque gendarme semble donner de bons résultats. Il est normal que le numérique apporte une forme de progrès mais ce n’est certainement pas le détachement de gendarmes dans des maisons de services au public, dans les bureaux de la Poste ou en occupant d’autres locaux les jours de marché pour y accueillir le public que nous obtiendrons des progrès. Ces méthodes d’un autre âge on démontré leur limites, voir leur inutilité, lorsqu’elles ont été testées il y a plusieurs décennies.

Le maillage territorial de la Gendarmerie a été évoqué, sa perte de densité entraînant perte de son efficacité est une évidence. Le maintien de petites unités à 4 ou 5 personnels est bien certainement un problème mais posons nous la question de savoir qui a réduit ces unités à des effectifs aussi faibles pour pouvoir les dissoudre ensuite. En 2015 ce sont 80 brigades qui sont redéployées. Dans les communes les contacts avec les seuls maires et la participation citoyenne ne sauraient remplacer un véritable dialogue avec la population. La plainte en ligne n’a pas été mise en avant dans les évolutions, serait-ce un fiasco ?

Rien ne pouvait se faire sans évoquer la militarité de la Gendarmerie malgré son rattachement au ministère de l’Intérieur. Le général Favier estime qu’elle est plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 30 ans. Dans ce cas pourquoi avoir engagé cette mutualisation avec des civils. Nous savons que la fusion police gendarmerie est impossible mais les différences de traitement entre les uns et les autres est totalement incongrue ce qui permet au ministre de l’Intérieur de se féliciter tous les jours des services de la Gendarmerie.

Il ne suffit pas de se satisfaire du dialogue interne et d’en faire une panacée tout en disant que les associations professionnelles auront une place à tenir dans le dialogue. Vu les conditions imposées à ces APNM pour qu’elles soient reconnues, il est évident qu’elles ne disposeront même pas d’un strapontin si rien n’évolue.

Lorsque le Général Favier démontre l’utilité de la réserve opérationnelle et citoyenne, nous en arrivons à nous demander si sans elle tout le système ne risque pas de « planter » comme un vieil ordinateur dépassé.

Nous avons pu noter que le directeur de la Gendarmerie a su faire passer quelques-uns des problèmes qu’il rencontre mais certainement pas tous. Nous constatons qu’il a adopté une attitude politiquement correcte et il en sera certainement de même devant les sénateurs.

Il a utilisé une formule relevée par un des participants : la « perception fine des signaux faibles » peut-être devrait-il envisager la « perception forte de signaux tout aussi forts » en particulier parmi ses personnels. Précisons quand même que ce n’est pas le directeur qui est visé pare cette dépression généralisée mais bien tout un système qui traite la maison Gendarmerie comme la bonne à tout faire de la République.

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