Brigadier, vous avez raison !


Tribune libre


On doit en parler car se taire ne ferait que confirmer ce que tout le monde redoutait déjà. On va y ajouter une pointe d’humour pour faire passer la pilule amère qui pourrait provoquer un jeu de chaises musicales. Maestro, c’est à vous !


Revenons à l’histoire qui pourrait bien devenir une légende d’ici quelques années.


Il était une fois, par une nuit d’hiver de cette fin d’année 2020 marquée par la Covid19, une rave party sauvage (1) qui se tenait à Lieuron, au sud de Rennes. Ce devait être un jeudi soir ce 31 décembre 2020 de mémoire d’ancien et environ 2 500 personnes fêtaient un peu tardivement le solstice d’hiver. Quoique les analystes restent partagés sur le sujet, certains évoquent l’idée, pour cette jeunesse frustrée par des mois de confinement et de restrictions, de vouloir fêter le Nouvel An entre « teufeurs » venus de France et d’ailleurs. Quelques adolescents sur le tard, avec bonnet de laine sur la tête et os de poulet dans le nez composaient le gros des festivaliers.


En période de restrictions sanitaires et de couvre-feux, on eut été mieux inspiré. Mais c’est qu’en France on a le sens de la ripaille comme de la bravade. De toutes les manières on peut traverser le pays sans se faire contrôler, nos frontières ayant été repoussées dans des pays étrangers de la communauté européenne. L’arrivée massive de danseurs en herbe (avec herbe aussi !) et l’installation de sonorisation et lumières provoquèrent enfin l’alerte des responsables locaux.


L’intervention dans les temps proches de l’installation fut désastreuse pour les pandores qui ont, selon les éléments recueillis ici et là, dû faire face à l’hostilité de nombreux excités qui parvenaient même à incendier, par mégarde certainement, le véhicule sérigraphié après un caillassage en règle. Manifestement le rapport de force n’était pas favorable et la résistance de l’adversaire sous-évaluée en tout cas mal mesurée. Mais on a le sens du sacrifice dans la maison et outre le constat de destruction, de vol de carte professionnelle, on ne déplore heureusement que des blessés légers au sein des primo-intervenants. Il n’y a pas eu de violences exercées par les agents de la Force Publique. Ouf !


Au gré des commentaires, on annonça entre 1000 et 2500 fêtards et, de fait, autant de contrevenants dans ce contexte sanitaire covid-19. Une enquête fut ouverte sous l’autorité du parquet breton pour « organisation illicite d’un rassemblement festif », une contravention de la 5ème classe, mais également pour les violences commises sur les pauvres premiers à marcher par des individus en cours d’identification. D’autres infractions sont recherchées notamment celles liées aux stupéfiants, on finira bien par les trouver.


Plusieurs escadrons ont été engagés dans la manœuvre pour maintenir l’ordre public et encercler l’adversaire (disons contenir celui-ci) afin de l’identifier et au besoin permettre sa verbalisation. C’était sans compter sur la malice de nombreux adeptes de musique moderne qui parvenaient à s’exfiltrer du site. La presse a relaté que des camions contenant le matériel ont réussi à échapper aux contrôles des gendarmes. Des camions transparents sans doute. Mais 1200 personnes ont été verbalisées (parfois 2 fois) pour le non – respect du couvre-feu ou pour des infractions d’usage de stupéfiant. L’honneur est sauf !


La préfecture s’est félicitée de la gestion de l’évènement - on ne pouvait faire moins pour sauver la face – mais il n’en demeure que de nombreuses questions légitimes se posent même pour le quidam moyen sur la capacité à surveiller un territoire, à détecter des mouvements majeurs de véhicules, les déplacements des populations et à épier les réseaux sociaux. L’enquête permettra peut-être d’identifier les auteurs des différentes infractions ou pas, mais le constat amer de l’Autorité de l’Etat est repris par de nombreux journalistes qui ne cachent plus leur étonnement de voir des gendarmes distribuer, non pas des croissants, mais des masques et du gel hydroalcoolique aux fêtards.


Comment ne pas avoir une pensée pour ces primo-intervenants ? Engagés par un donneur d’ordre qui n’a pas pris la mesure de l’évènement auquel ils allaient les confronter. Quand on est dans un bureau, derrière un écran, le danger est nul !


Cela démontre bien d’autres points que par pudeur il convient de dissimuler, mais qu’on pourrait résumer à « échec de la mission sur toute la ligne ».


Une vieille ritournelle de 1853 revient à nos oreilles. Elle aurait pu illustrer ainsi cette fâcheuse soirée.


♫ Ah ! C'est un métier difficile,

Garantir la propriété.

Ordonner, c’est plus facile,

Et une nuit d’hiver, calfeutré,

Trois valeureux conquistadors

Se sont retrouvés en caleçon !

Brigadier, répondit Pandore

Brigadier, vous avez raison ! ♫



(1) le terme exact est rassemblement festif à caractère musical, pour les puristes lire les articles L 211-5 et R 211-2 du CSI SVP

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