Cachez ces pandores que je ne saurais voir !



Une fois n’est pas coutume, un journal satyrique relate comment des gendarmes mobiles ont été rayés du récit officiel des attentats du 13 novembre (sic). Le palmipède (1) bien renseigné explique que les gendarmes en poste devant le domicile du premier ministre de l’époque et en sécurisation dans divers lieux proches du Bataclan, tous issus de l’escadron de REIMS, dès les premiers tirs d’armes automatiques, sont intervenus pour porter secours à des victimes blessées. N’écoutant que leur courage et parce que c’est la force de leur engagement, ils ont progressé et se sont postés à proximité de la salle de spectacle. Et puis plus rien. Pas sollicités alors qu’ils étaient en liaison radio avec un gendarme qui se trouvait dans la salle de commandement de la préfecture de Paris, ils n’ont jamais reçu d’ordre. Plus fort encore, les communications radios attestant qu’ils étaient suffisamment près pour s’engager ont été détruites, « personne n’ayant pensé à les conserver » d’après un policier de la Préfecture. Et quand les journalistes interrogent le rapporteur de l’enquête parlementaire à ce sujet, « il tombe des nues » (sic). Idem pour l’ancien locataire de l’Elysée qui regrette que l’information ne soit jamais remontée jusqu’à lui. Cet « effacement » des gendarmes du récit de cette nuit de terreur, n’est pas unique. Au stade de France, un détachement de la garde républicaine à cheval, chargé de sécuriser les abords du stade, est le témoin de l’explosion d’un kamikaze. Les gendarmes portent secours à plusieurs victimes dont l’une décède dans leurs bras. Les gens découvriront cet épisode tragique lors de l’audition des parties civiles au début du procès. Un deuxième effacement qui vient s’ajouter à la mise en réserve du GIGN caserne des célestins alors que ni la BRI, ni le RAID n’étaient prêts. Enfin, on apprend que la présentation des victimes a été retardée et que les proches n’ont eu que quelques minutes pour les identifier parce que l’IML était submergée. Le « je suis désolé » adressé aux familles par son Directeur ne peut faire oublier qu’il a refusé l’aide proposée par le plateau médico-légal de l’IRCGN et sa compétence reconnue en matière d’identification de corps.


Ce procès sera long et sans doute apportera-t-il de nouveaux éléments cachés jusque-là. Cependant, on ne peut s’empêcher de penser que tout a été fait dès le début de cette attaque terroriste pour faire disparaître la présence des gendarmes des scènes de crimes. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que tous les membres des forces de l’ordre de la Préfecture de Police de Paris, engagés dans ce dossier, ont été solennellement récompensés aux Invalides, en grandes pompes et que les gendarmes ont été médaillés à REIMS, plusieurs semaines après leurs collègues policiers, en catimini.


On veut des gendarmes translucides !


Il ne s’agit pas de relancer la sempiternelle guerre des polices mais de décrire une situation pour le moins étonnante. Etonnante car la gendarmerie renforce les policiers parisiens tout au long de l’année, soit par la présence des escadrons, soit par la garde républicaine. La sécurité des Français qui habitent en région parisienne n’est pas le monopole d’une seule institution et on peut sérieusement et légitimement se poser la question sur les conséquences de cette préservation de pré carré par le préfet de police de la capitale.


On attendait de l’intégration de l’institution militaire au sein du ministère de l’intérieur une égalité dans le traitement des deux forces de sécurité. Une fois de plus, la naïveté et la servilité des renforts de la Gendarmerie à l’égard d’une haute hiérarchie policière qui la cantonne à des taches très subalternes pour ne pas dire de sous-fifre, suscitent stupeur et colère. Soutenue par le corps préfectoral, la police, à travers la mise à l’écart des gendarmes, démontre qu’elle a privilégié ses troupes dans la guerre qui oppose tous les Français à une idéologie de terreur, au détriment de l’efficacité. En se privant volontairement des personnels présents sur les lieux de la fusillade et en supprimant des actes de procédures tout lien avec la maréchaussée, elle a gravement violé le fondement même de l’engagement d’un serviteur de l’état, la protection des personnes. Les politiques de l’époque avaient sans nul doute connaissance de ces choix. Les avaient-ils validés ?

Avaler des couleuvres et courber l’échine sont deux habituelles caractéristiques des gendarmes. Mais pour les attentats du 13 novembre plusieurs dizaines de personnes ont trouvé la mort et plusieurs centaines ont été blessées. De là, à penser que l’intervention potentielle des militaires sur place aurait pu en sauver quelques-unes, il n’y a qu’un pas.


1 - lecanardenchaine.fr

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