Dernier feu de paille pour le Beauvau de la sécurité.


En parcourant la presse, on apprend que les travaux du Beauvau de la sécurité ont repris sous la houlette du ministre de l’Intérieur. On avait presque oublié que ces tables rondes, lancées le 1er février 2021 à grand renfort de publicité médiatique, étaient destinées à « moderniser la politique publique de sécurité au bénéfice des policiers, des gendarmes et de l'ensemble des Français ». C’est la version officielle. Officieusement, elles sont la conséquence d’une mise en accusation des organes de contrôle interne et plus globalement des policiers et des gendarmes.


On aurait pu croire un instant que, une fois de plus, les effets d’annonce du président de la République, à l’initiative de cet événement, allaient s’évaporer dans les nimbes des bonnes résolutions. Les retransmissions des thèmes abordés n’ont pas fait lever les foules et n’ont attiré l’attention que de quelques organes de presse spécialisés. Tous les syndicats policiers avaient répondu présent et même si les deux APNM de la Gendarmerie ont été judicieusement évitées, le ministre préférant s’adresser à l’organe de concertation « représentatif des personnels militaires », les sujets abordés ne devaient pas être polémistes, mais démontrer qu’il était juste question de chercher des solutions aux difficultés des forces de l’ordre d’exercer un métier devenu compliqué. Notons au passage que seuls des représentants de l’association Gendarmes et Citoyens étaient réellement absents de ces discussions, puisque des membres de l’autre APNM siègent au groupe de liaison du CFMG. Passons !


Donc, la fin de l’été est marquée par la réactivation de ces tables rondes avec à l’affiche un sujet majeur : « Quel contrôle interne pour les forces de l’ordre ? ».


La Gendarmerie Nationale et la Police Nationale sont deux institutions de statut différent, mais sont toutes deux sous administration directe du ministère de l’intérieur. Dirigées par un militaire et un fonctionnaire, issus de leur rang, elles disposent d’une inspection propre à chacune d’elles. Les membres de ces inspections générales, surnommés très ironiquement les bœufs-carottes, sont craints pour leurs capacités à faire « mijoter » leurs congénères mis en cause en interne ou en externe. Le Beauvau de la sécurité s’est donc réuni le 27 août 2021 pour ce qui semble être le round final du tour de France des sujets liés à la sécurité intérieure. On apprend dans le compte rendu qui en a été réalisé que ce sont les deux administrations les plus contrôlées. Les policiers et gendarmes sont indifféremment sanctionnés pour des faits tenant à leur comportement sur le plan professionnel mais également sur le plan personnel. Jusque-là, on enfonce des portes ouvertes. Il est impossible de concevoir que ceux qui sont chargés de faire respecter les lois et règlements ne soient pas punis lorsqu’eux-mêmes franchissent la ligne blanche. D’ailleurs, le législateur a alourdi les peines concernant des agents des forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions. Chaque gendarme, chaque policier connaît cette disposition et y souscrit dès son engagement.

Ce qui est moins anodin, c’est la potentielle mutualisation des deux inspections générales. Le ministre a émis l’hypothèse de nommer un magistrat comme chef de cet organe, secondé par un gendarme et un policier. En écoutant les divers intervenants, cette mesure suscite des interrogations de la part des actuels inspecteurs tout en soulevant l’épineux aspect de l’indépendance des contrôles. Le ministre n’a pas été convaincu par les arguments avancés notamment par le Général commandant l’IGGN, ni par ceux de son homologue de la police. Il y a fort à parier que sa décision sur la question est déjà entérinée et qu’il n’attendait que cette occasion pour lancer cette bouteille à la mer et observer les réactions. Pour illustrer une forme de contrôle de l’activité des services et des unités par une autorité extérieure, Il a précisé que les parlementaires sont habilités à visiter les lieux de privation de liberté. Actuellement, il a regretté la suspicion d’un certain corporatisme, voire l’entre-soi dans le fonctionnement des inspections. La défenseure des droits a parlé d’exemplarité pour rebondir sur l’ensemble des débats.


Peut-on rappeler à l’honorable ministre que tous les élus condamnés ou mis en examen pour des faits graves ne sont pas exclus du parlement et qu’ils continuent à diriger, présider et à fabriquer la Loi aujourd’hui ? Certains ont même exhibé leur bracelet électronique. Le corporatisme qu’il a évoqué à l’appui de la mutualisation des inspections ne semble ne pas être seulement une marque de fabrique de la Gendarmerie ou la Police. Il existe depuis longtemps dans l’hémicycle. Et puis, y a-t-il eu dans l’histoire des enquêtes administratives ou judiciaires diligentées par les inspections, matière à mettre en doute leur sincérité ? Absente des débats, elle constitue pourtant la question centrale de la crédibilité et de la légitimité de l’action de ces services.

Mais puisqu’il s’agit d’innover pour donner plus de crédibilité à ces inspections, on peut élargir la spéculation et nommer un gendarme à la tête de l’inspection générale de la justice et un policier à l’inspection générale des finances.


Les hommes politiques illustrent parfaitement la réflexion du ministre. Certains sont passés sans embûche et avec une grande facilité du ministère des comptes publics à celui de l’intérieur en un claquement de porte. Ils montrent la voie de la crédibilité sans aucun doute.

Et pendant que le ministre discute du sexe des anges, les violences faites aux gendarmes et aux policiers augmentent de façon alarmante. Un sens des priorités exaspérant !

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