L’assassinat de deux policiers donne-t-il raison aux tribunes des militaires ?


L’actualité de ces dernières semaines agglomérée à une situation sanitaire et sociale délétère met sur le devant de la scène le résultat de plusieurs décennies de compromissions électoralistes.


Un retour en arrière de quelques semaines s’impose pour comprendre cet épisode orageux.


Tout démarre début avril où une lettre-tribune écrite par un capitaine de gendarmerie en retraite et signée par un millier de ses coreligionnaires de toutes les armées et de notamment vingt généraux en deuxième section, fait irruption dans le relatif calme médiatique de ce printemps qui n’en finit pas de commencer. Reprise par le magazine Valeurs actuelles, elle dénonce tour à tour un « certain antiracisme… de ceux qui parlent de racialisme, d’indigénisme et de théories décoloniales, mais à travers ces termes c’est la guerre raciale que veulent ces partisans haineux et fanatiques » d’un « délitement qui, avec l’islamisme et les hordes de banlieue, entraîne le détachement de multiples parcelles de la nation pour les transformer en territoires soumis à des dogmes contraires à notre constitution. » et d’un « pouvoir qui utilise les forces de l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires face à des Français en gilets jaunes exprimant leurs désespoirs. »


Entretemps, comme pour donner raison aux signataires de cette tribune, une fonctionnaire de police est égorgée par un terroriste au cri de « allah akbar » à l’intérieur du commissariat de police de Rambouillet. Il est abattu. Quelques jours plus tard, en intervention, un policier est assassiné par un dealer dans les rues d’Avignon. Etonnamment, alors que les premiers sont fustigés par la majorité des politiques, la ministre des Armées allant même jusqu’à les menacer de sanctions (pour des retraités, cela montre sa méconnaissance de la chose militaire), et que des parlementaires de certains partis politiques, à leur habitude, dénoncent des « factieux proches de l’extrême droite », le meurtre des seconds est « condamné fermement » par leur ministre de tutelle et par le premier ministre en personne.


L’emballement atteint des sommets lorsqu’une seconde lettre adressée à l’ensemble de la classe politique sort dans la presse. Signée par des militaires qui se disent toujours en en activité, sous anonymat, elle dénonce plus précisément les réalités du quotidien des Français en s’appuyant sur ce que vivent les soldats sur le territoire français. Digne tout en étant factuelle, cette tribune égrène des situations vécues et pointe du doigt « les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance… les tentatives d’instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien -rien qu’un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine ». Elle veut être un cri d’alarme poussé par des Français qui donnent leur vie pour leur pays.


Pendant ce temps, la police gronde et les syndicats représentatifs sont reçus par le premier ministre en présence du ministre de l’Intérieur. Il y a le feu à la maison police et comme d’habitude, après les condamnations fermes et les sempiternelles « les auteurs seront interpellés et ils seront sévèrement punis », des mesurettes réinventant les peines criminelles à l’égard des auteurs d’agressions des membres de force de l’ordre sont annoncées. Rien sur le traitement des multirécidivistes, rien non plus sur les peines planchers. D’un côté, le politique blâme les militaires qui osent raconter la réalité du quotidien et de l’autre il déclare qu’il va tirer l’oreille de la racaille.


Quelles motivations peuvent conduire le pouvoir à ne pas écouter ce que rapportent depuis très longtemps les représentants de la Gendarmerie et de la Police ? Des gradés ou des fonctionnaires ont alerté avec insistance les parlementaires ou les élus. Ils ont été écartés sans ménagement, considérés certainement comme des oiseaux de mauvais augure. En attendant, l’exécutif ne peut pas nier avoir été informé.


En France, c’est celui qui dit la vérité qui est exécuté !


Pour faire simple, une fois de plus, on va durcir « mollement » les peines en oubliant ce qui a conduit à ce déchainement de violence. Le constat clairement établi par les militaires dans leur tribune vient télescoper la réalité. Les forces de l’ordre ne rentrent plus dans les « quartiers » qu’en nombre et avec l’aval timoré, arraché de haute lutte des autorités judiciaires et administratives, par des enquêteurs qui croient encore à leur mission. Le déni récurrent des bien-pensants ou des non-voyants à des fins électoralistes a fait naitre la défiance de bon nombre de nos concitoyens. Il faut chercher dans quarante années de dégradation de la sécurité des Français et l’aménagement des dispositifs tendant à toujours plus défendre les mis en cause contre les éventuelles déviances de ceux qui sont chargés de protéger leurs victimes, une première des causes de la situation que l’on vit actuellement. Mais pas seulement. Le conflit permanent entre certains juges idéologues ou laxistes et l’ensemble de la société est malheureusement à l’origine également de récidives en cascades.


Pour illustrer cette analyse, revenons en 2012. Une alternance de gouvernance à la tête du pays se met en place au printemps. Les peines planchers votées par l’Assemblée Nationale quelques années auparavant avaient déjà du mal à être appliquées par certains magistrats qui estimaient que cela portait atteinte à leur intime conviction et à leur indépendance. Dès sa prise de fonction, la garde des sceaux avait annoncé qu’elle ferait supprimer cette disposition du code pénal. C’est comme cela qu’une juridiction dans le Var, par anticipation certainement, a condamné à une nouvelle peine de sursis un auteur violent et multirécidiviste qui comparaissait pour la dixième fois pour avoir frappé à coups de poing sa propre mère. C’était un jeudi et le dimanche suivant, il assassinait deux gradées de la Gendarmerie, appelées pour un cambriolage commis par lui. (1)


Ce type de jugement permissif est à n’en pas douter la source de multi récidives mortifères dont les premières victimes sont les membres des forces de l’ordre. Cette frange de la Justice est responsable d’une partie des violences commises contre gendarmes et policiers et n’exprime jamais des regrets sur une décision inique. Dans l’affaire relatée ci-dessus, les parents des gendarmes n’ont jamais eu un mot de compassion de la part de la garde des sceaux, ni de la juge qui a élargi l’assassin de leur fille.

La situation que nous vivons en France est dénoncée depuis plusieurs années par les représentants de gendarmes et de policiers. Et même si le contexte dans lequel évoluent la police et la gendarmerie est parfois différent, les problèmes sont les mêmes quand un évènement tragique vient frapper l’un de leurs membres.


Le constat est clair. Celui qui a peur des juges aujourd’hui, ce n’est pas la racaille. C’est le gendarme ou le policier qui va subir les foudres des magistrats et de sa hiérarchie quand il aura malencontreusement choisi de faire ce pourquoi il s’est engagé, défendre ses concitoyens au péril de sa vie. La présomption de culpabilité sera immédiatement évoquée, alors que dans le même cas de figure, le jeune désœuvré qui aura commis un crime ou délit bénéficiera de la présomption d’innocence.


Des propositions ont été faites pour rendre plus sûrs nos villes et nos villages. N’importe quel homme ou femme de pouvoir peut y puiser suffisamment d’éléments destinés à redonner confiance en notre pays. Encore faudrait-il qu’ils aient le courage d’ouvrir les yeux. En attendant les gendarmes et les policiers paient un lourd tribut à la sécurité qu’ils tentent malgré les impérities des uns et des autres, de maintenir. Il suffit de déplorer et de condamner, il est grand temps d’agir !


APNM Gendarmes et Citoyens ne peut évidemment pas s’associer aux différentes tribunes qui défraient l’actualité. Elle peut cependant attirer solennellement l’attention du Chef des Armées et de son gouvernement sur les risques que la fracture qui s’opère dans les fondations mêmes de notre nation ne soient précurseurs d’une crise bien plus grave.


Que le sacrifice de Eric, Mélanie, Xavier, Audrey, Alicia et de tant d’autres ne demeurent pas un simple fait divers sur un coin de bureau de presse.


(1) 17 juin 2012 Drame de Collobrières (Var)

A la une