Le syndrome du complexe de supériorité


On enfoncerait une porte ouverte en déclarant que les gendarmes ne sont pas les bienvenus dans la capitale. On va donc éviter de polémiquer sur la souveraineté de territoires revendiqués par les pontes de la police nationale pour concentrer l’analyse sur ceux qui ont en charge la sécurité de nos compatriotes. La dualité police/gendarmerie trouve son origine dans la configuration des secteurs géographiques où évoluent les deux forces. La ruralité est souvent opposée à l’urbanité et la province à la grande couronne de la capitale. Comme les provinciaux sont souvent considérés comme des « paysans », les pandores sont affublés par ces mêmes élites policières du qualificatif peu valorisant de « gardes-champêtres ». Non seulement, la caricature est blessante pour les gendarmes comme pour les gardes-champêtres, mais elle est également complètement spécieuse, tant sur le terrain, là où beaucoup ne mettront jamais les pieds, la camaraderie est visible.


Le point d’orgue de cette dualité réside dans l’idée que des préfets de police se font de la coordination des deux institutions, voire de leur complémentarité. Ils considèrent dès lors que leur territoire est en zone exclusive de la Police Nationale, qu’ils n’ont plus à accorder à la Gendarmerie la possibilité d’accomplir les missions qui lui sont confiées par une autre autorité. Celui de Paris illustre précisément cette image de position dominante. Depuis sa nomination, il n’a de cesse de préserver le pré-carré des services de police qui lui sont subordonnés en excluant de son champ de manœuvre les gendarmes. Pas pour les missions du maintien de l’ordre, bien-sûr, où le professionnalisme et les compétences des unités de gendarmerie mobile ont fait la preuve de leur indispensable utilité en zones urbaines, mais pour tout le reste, du GIGN aux détachements hélicos. La manière dont « sa » capitale est sécurisée ne doit relever que de sa seule compétence. C’est donc par la seule volonté du préfet de police de Paris, que le survol la capitale par les gendarmes du GIGN qui escortent les accusés du procès des tueries terroristes du 13 novembre 2015, a été interdit. On sait que l’espace aérien de Paris est soumis à des règles strictes, mais de là à imaginer qu’un EC 135 de la gendarmerie qui assure les déplacements judiciaires de terroristes put être interdit, cela dépasse les limites du grotesque. Le ministère de l’intérieur, aurait entériné cette décision, sans sourciller, et les transfèrements de détenus sont désormais réalisés par voie routière, avec tout ce que cela comporte de risques supplémentaires. Le préfet de Paris poursuit son œuvre d’excommunication parisienne des gendarmes. Après la démonstration prévue par l’unité d’élite de la Gendarmerie le 14 juillet, à laquelle il s’est opposé et qui a obligé le ministre de l’Intérieur à prendre la décision injuste de tout annuler, il fait peser sur les gendarmes du GIGN une menace supplémentaire, sans aucune protestation officielle de la direction de la Gendarmerie, ni du ministère de la justice. A croire que cette autorité administrative est touchée par la grâce divine et qu’elle constitue un état indépendant. A la lumière de ces quelques exemples, il semblerait que le préfet de Paris n’apprécie guère les militaires de la Gendarmerie, sauf quand il peut les utiliser pour nourrir sa réputation d’homme à poigne. (1)


A l’origine de la mutualisation des deux institutions Gendarmerie et Police, dans le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur, il déploie une énergie inquiétante à systématiquement exclure du paysage sécuritaire de Paris les gendarmes.


La dualité des forces dédiées à protéger et secourir les Français est une réalité dont la France a toujours su tirer parti. Elle suppose l’absence d’hégémonie de l’une sur l’autre. En agissant de la sorte à l’égard de la Gendarmerie, le préfet de police de Paris entretient une vieille querelle de chefs arrogants et déconnectés des préoccupations de nos concitoyens.


Il est bon de lui rappeler que la Garde Républicaine, subdivision de la Gendarmerie Nationale, assure la protection et la sécurité des palais nationaux et contribue à la sécurité publique générale en Ile de France. Cette mission recouvre 80% de son activité globale. Elle est d’ailleurs présente dans la capitale depuis plusieurs siècles et elle constitue un outil considérable pour la sécurité des franciliens.


Faut-il voir dans l’attitude du préfet de police de Paris une immixtion dans son omnipotence ? Assurer la sécurité de nos concitoyens est déjà une mission suffisamment difficile, sans qu’il soit besoin d’y ajouter les extravagances autocrates d’un prélat désigné, fût-il le préfet de police de la capitale.



(1) De la peau du Lion l’Âne s’étant vêtu, Était craint par tout à la ronde ; Et bien qu’animal sans vertu, Il faisait trembler tout le monde.

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