Les raisons des violences ?


Photo : Le Figaro

Les faits sont têtus et à la manière d’un mouvement perpétuel, l’actualité vient nous rappeler que le dérapage de quelques-uns est toujours plus important aux yeux d’une élite bien-pensante que les brutalités gratuites commises contre les membres des forces de l’ordre quotidiennement. De loin en loin, les idéologues de tous crins, à la manière des piliers de comptoirs, viennent face caméra, dénoncer des violences policières insupportables à l’égard de victimes, qui plutôt que répondre normalement à un contrôle, préfèrent jouer les gros bras et défier l’autorité. A quoi s’attendent-ils sinon à une réponse à la hauteur de leur défiance. Le concert de reproches de la part de chroniqueurs des plateaux télé est à la mesure de la dichotomie entre la vision des citoyens qui refusent le principe d’autorité, forcément innocents et des forces de l’ordre, coupables de vouloir appliquer les règles définies par la représentation nationale.


« Toutes les personnes qui ont accepté de se soumettre à un contrôle par les gendarmes ou les policiers n’ont jamais été brutalisées. »


Il faut aller chercher dans la manière dont l’action des membres de la sécurité intérieure est jugée pour tenter de comprendre ce qui a conduit à une fracture qui semble désormais impossible à réduire.


La première cause de cette défiance permanente est très certainement une absence de repères sociétaux de la part d’une population dont la seule source de revenus est le « business » en tout genre. Des secteurs géographiques entiers, au nom d’une complaisance électorale, bien souvent dictée par des communautés marginales, ont été abandonnés. Cette abdication a conduit une population qui pouvait encore le faire à laisser la place à ces hordes de réfractaires à la Loi de la république. Un système parallèle de règles a vu le jour dans lequel l’état n’a plus sa place. Les élus de ces quartiers ont fermé les yeux sur ces agissements, lâchement et durablement, privilégiant une paix sociale, où ils n’avaient plus leur légitimité, au respect du vivre ensemble. Ce n’est que lorsqu’une opération judiciaire d’envergure comportant des effectifs démesurés met fin, provisoirement, à une situation intenable pour les résidents de ces quartiers qu’on entend leur voix timide se féliciter que l’état ait enfin pris la mesure des trafics. Sans vergogne, ils oublient qu’ils sont, par leur mutisme coupable et leur soif de pouvoir local, à l’origine de ces ghettos vivant en autarcie. S’exonérant des codes, les « racailles » fondent leurs propres concepts, à l’intérieur de leur territoire, sur la loi du plus fort, au service de quelques-uns. Et tant pis pour ceux qui sont dans l’obligation de vivre avec eux et qui ne souhaitent pas participer à leur mode de fonctionnement. Au mieux ils se taisent, au pire ils se terrent. Mais surtout ils subissent car ils savent que l’état, à travers sa police ou sa gendarmerie sera incapable de les protéger s’ils leur prenaient l’idée de refuser de se soumettre au joug de cette engeance. Vivant entre inquiétude pour leur vie et précarité de leur situation, ils n’ont aucun autre choix que celui de raser les murs en espérant se fondre dans l’anonymat. Leur seul espoir de trouver un nouveau logement dans un quartier où ils n’auront plus à montrer patte blanche pour rentrer chez eux tient essentiellement à l’éducation qu’ils pourront donner à leurs enfants en les isolant de l’argent facile et des trafics. Combien réussissent ce pari fou de se préserver en vivant au milieu de tels secteurs ? Peu, sans aucun doute, tant que l’attrait du bien facile sera plus important que le respect des autres.


La violence entraîne nécessairement une réponse adaptée !


Ce respect dont il est question à chaque fois que les membres des forces de l’ordre sont confrontés à des comportements violents. Il ne s’agit pas de répondre à la violence par la violence, lit-on ici ou là. Cependant, la violence entraîne nécessairement une réponse adaptée. Le dérapage de quelques-uns a vite fait de généraliser une « violence systémique » pour les défenseurs des victimes de brutalités policières. Faisant plus de mal que les analyses ciblées et sans contradiction de commentateurs éclairés ou d’associations de défense des citoyens, le comportement de quelques membres des forces de l’ordre met en péril l’intégralité des corps constitués. Quand un « jeune » des quartiers agresse ou tue un « fils de pute de flic », on nous interdit, au nom du sacro-saint pas d’amalgame, de condamner tous les gens de ces quartiers. Quand un policier ou un gendarme dérape et commet des brutalités, cela devient un régime de violences systémiques. Plusieurs centaines de représentants de l’ordre sont réduits à ces quelques comportements inacceptables. Le déchaînement de commentaires haineux contre ces gendarmes ou policiers est à la mesure des justifications de complaisance pour tous ces jeunes qui « subissent la loi de leur quartier ». Ce qui est bienveillant pour les uns devient un lieu-commun pour les autres. Le jeune qui a dérapé est une victime de la société. Les milieux d’une certaine mouvance politique changent de discours au gré du profil des personnes ayant commis des violences. Ceints de leur écharpe bleu blanc rouge, ils justifient la violence de leur clientèle électorale et condamnent celle des forces de l’ordre. Pour eux, la violence illégitime n’a pas la même valeur qu’elle soit assenée par un délinquant ou par un policier. Ils hurlent à la présomption d’innocence pour les premiers et la dénient pour les seconds. Et au diable si au bout du processus judiciaire, l’enquête écartera toutes violences policières illégitimes. Le mal est fait ! Ils sont beaucoup moins loquaces quand il s’agit de commenter le passage à tabac d’un flic ou quand un gendarme est écrasé volontairement. La vie humaine à leurs yeux est différemment importante selon que l’on soit flic ou voyou !


La formation en question ?


Mais il faut également chercher dans cette différence de traitement des situations conflictuelles une autre cause. Celle de la formation des membres des forces de l’ordre et de leur affectation à la sortie du cycle professionnel. Répondant à un besoin de sécurité réclamée par 80% des français selon les sondages, on fabrique des policiers et des gendarmes en moins d’un an. Les deux cycles de formations sont abordés différemment du fait de leur statut. La gendarmerie nationale, même si elle est membre à part entière du ministère de l’intérieur a conservé son caractère militaire. S’appuyant sur une colonne vertébrale clairement identifiée, elle participe à l’ensemble des missions civiles de sécurité intérieure et elle est engagée dans les opérations extérieures. Elle exerce sur 95% du territoire et couvre 50% de la population, quand dans le même temps, la police nationale gère les grandes métropoles et par conséquent les quartiers dits difficiles. Cette différence peut-elle expliquer à elle seule que les débordements sont plus nombreux dans la police que dans la gendarmerie ? La question est posée et on ne peut plus se cacher derrière son petit doigt pour traiter les problèmes dès la base. Une brebis galeuse doit être sortie du circuit immédiatement et cela passe par deux critères. Une formation plus longue et plus adaptée et une affectation en fonction des capacités de chacun. Se contenter de donner les rudiments du métier de policier ou de gendarme en école, puis les lâcher dans leur unité ou service en comptant sur les « anciens » pour parfaire leur éducation professionnelle n’est plus une option. Le métier exige une capacité d’adaptation aux situations quelles qu’elles soient. Une fois le désordre résolu, il n’y a pas de raison de s’acharner. Les images diffusées lors de l’arrestation d’un producteur de vidéos est l’illustration de ce qui plombe le moral de ceux qui font leur travail de la meilleure des manières. Elle salit de manière durable l’ensemble des membres des forces de l’ordre et apporte de l’eau au moulin de ces élites de tous bords concernant les violences policières habituelles. La plus insidieuse des conséquences de cet acharnement contre ceux qui assurent la sécurité demeure la peur panique désormais pour chacun d’eux de ne plus agir pour défendre la société. Beaucoup seront (sont ?) tentés par l’inaction honteuse au détriment d’une intervention qui risque de leur coûter leur carrière voire leur propre vie. Cette rupture d’équilibre entre ce qui est juste, mais dangereux et ce qui sera un moment de honte mais sans crainte est devenue une triste réalité. Ceux qui choisissent de prendre des risques doivent savoir qu’ils ne seront pas soutenus par l’ensemble de l’intelligentsia et qu’ils devront assumer seuls leurs choix. Ils seront jetés en pâture aux procureurs de l’information avec une sévérité inversement proportionnelle à la complaisance dont les racailles bénéficient.


C’est indubitablement l’état d’esprit dans lequel se sont trouvés les gendarmes et les policiers le 28 novembre 2020.


Le prétexte pour créer des troubles !


L’article 24 de la Loi relative à la sécurité globale n’est qu’un prétexte pour une partie de la population de créer du désordre. La réalité du quotidien des membres des forces de l’ordre est toute autre. Une loi n’a jamais empêché de contourner les règles. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à visionner les images de la manifestation légale du 28 novembre 2020 à PARIS et en province, où l’état a accepté que des milliers de personnes se réunissent, bravant ainsi les mesures sanitaires d’une autre loi interdisant aux restaurateurs et aux salles de spectacle de recevoir des clients ou limitant à une superficie de 8 m² la présence d’une personne dans un commerce. Le lynchage de nombreux membres des forces de l’ordre sera suivi du lâchage habituel, au nom de la paix sociale. Aucun des opportunistes qui se sont spontanément portés au-devant des micros et des caméras n’aura une pensée pour ces dizaines de gendarmes et policiers blessés ou brûlés, dont le sang-froid devrait être souligné et salué. Ils étaient fondés à répliquer de la manière la plus légitime qui soit si l’inhibition causée par le déchaînement de propos violents contre eux ne les avait empêchés de raisonner et d’agir.


Il ne nous reste plus qu’à apporter à l’immense majorité des gendarmes et des policiers un soutien respectueux que d’autres leur refusent. C’est certainement cette reconnaissance et cette considération de la part des nombreux anonymes privés de parole, qui fait briller au fond de leurs yeux une petite flamme du devoir accompli au péril de leur vie.


Texte proposé par le CNE (h) Jean-François CHARRAT

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