Lettre ouverte aux français


Ce mardi 14 janvier 2020, le Président de la République réagissait, après l’ouverture de plusieurs enquêtes concernant des violences policières présumées. Il réclame (à qui ?) des propositions claires afin d’améliorer la déontologie des forces de sécurité intérieure. Cela fait suite à des « comportements qui ne sont pas acceptables » (sic). Le décor ainsi posé, peut-être est-il venu le temps d’en discuter et de remettre les choses dans le contexte sociétal qui est le nôtre avec dignité intellectuelle, honnêteté et humanité. Avant de commencer, on doit préciser que les lignes qui vont suivre, si elles sont le ressenti de gendarmes de tous les corps, en activité de service, sous la bannière de l’association professionnelle nationale militaire « Association Gendarmes & Citoyens® », elles ne remettent en question d’aucune façon le travail et le quotidien de nos amis et collègues de la Police Nationale. Nous sommes différents. Nos engagements et les fonctionnements institutionnels sont différents ! C’est un fait, et personne ne saurait remettre en question le quotidien professionnel de plus en plus difficile, avec des moyens pas toujours au rendez-vous, mais dont le seul et unique objectif est de servir nos concitoyens.


Nous l’affirmons clairement et sans malhonnêteté, il existe des dérives.


Oui, il existe des gendarmes et des policiers déviants ! Oui, il existe des comportements injustifiables ! Dans les missions générales du quotidien et aussi dans l’exercice du maintien de l’ordre. Et malheureusement, il y en aura encore demain et pour longtemps. Cependant, à quel moment vous, citoyens de tous bords, politiques, médias, donneurs de leçons en tout genre et procureurs de la bien-pensance, avez-vous oublié que le gendarme et le policier étaient surtout de simples citoyens, des citoyens du monde, des êtres-humains en somme, comme vous ? N’en déplaise aux nouveaux dirigeants de cette nation, les juges du web et des réseaux-sociaux (largement suivis par les mondes politique et médiatique), nous demeurons aussi des humains faillibles, comme vous mais avec une petite différence tout de même, nous avons fait le choix de servir, jusqu’au sacrifice suprême. Finalement, que représentent les gendarmes et les policiers dans cette drôle de société ? 250 000 engagés au service des citoyens et de leur sécurité. A peine 0,55 % du corps électoral, c’est dire le peu d’influence qui pèse sur les choix politiques et la direction prise par le pays et 0,37 % de la population française. Nous perdons en moyenne chaque année depuis 20 ans, 70 des nôtres en service ou par acte d’autolyse. Nous subissons pour notre engagement 20 000 blessures dans le cadre du service chaque année. Presque 10 % de notre population professionnelle est meurtrie dans sa chair, pour avoir fait le choix de vous servir ! Imaginez-vous rentrer le soir chez vous et expliquer à votre enfant de 6 ans que papa a le nez fracturé parce qu’il porte sur lui un polo bleu, qu’il a voulu éviter qu’une femme se fasse encore une fois tabasser par son conjoint et qu’elle retire sa plainte tous les quatre matins ! Rentrer chez soi le soir le bras en écharpe parce qu’un fou vous a pris sur son capot, parce que vous avez évité que des gilets jaunes ne se fassent rouler sur le corps lors de rassemblements non déclarés.


Il faut le vivre au quotidien pour comprendre !


Passer 8 heures, 15 heures, 20 heures d’affilée pour sécuriser un cortège, une manifestation déclarée ou non et se faire cracher dessus, insulter “sa mère et ses enfants”, se faire brûler par des individus qui n’ont rien à faire des sommations d’usage, se faire autopsier immédiatement par des vidéos-montages lacunaires et des milliers de commentaires sur les réseaux-sociaux, des appels publics au meurtre des gens en uniforme, finalement que croyez-vous qu’il arrive ? Quel être-humain peut finalement en accepter plus par son engagement et ses convictions que le gendarme et le policier ? La violence illégitime ne peut être tolérée et doit-être durement sanctionnée, mais n’est-il pas compréhensible d’assister à des dérives comportementales qui rappellent finalement et profondément que nous sommes tous des humains faillibles ayant des limites ? On voit déjà débarquer les contradicteurs Facebookiens argumentant que tout cela n’est que le fait de l’exécutif. C’est faux ! Vous êtes la majorité, vous êtes depuis des décennies les décideurs des prises de direction de notre nation. Vous êtes aussi et surtout les premiers responsables de vos mots et de vos agissements. Les gendarmes et les policiers sont 0,55% des électeurs de ce pays, ils ne sont pas au service de « Macron », de « BFM » & Co. Ils sont engagés pour notre sécurité et personne plus qu’eux n’en paye un prix aussi fort chaque année, avec les militaires déployés en OPEX.


Et la déontologie dans tout ça ?


Il faut être passé entre les mains de l’IGGN ou de l’IGPN, pour en comprendre les arcanes. Contrairement au droit Français, le droit dont vous bénéficiez, à savoir la présomption d’innocence n’est pas appliquée pour les forces de l’ordre. Les services d’enquêtes internes instruisent à charge. C’est la hantise de chaque gendarme ou policier.


Les réseaux sociaux ont pris le pas sur la justice.


Nous assistons depuis quelques années, à la prolifération de comportements indignes sur les réseaux-sociaux, à tort considérés par nos politiques comme la « voix des Français », par les médias qui ne cherchent que le lectorat pour vendre de la publicité et ainsi satisfaire leurs actionnaires (chaines d’informations en continu par exemple). Des comportements prônant l’entraide, l’humanité, une société meilleure mais qui n’ont de cesse de juger, de se faire les experts de tout, vertus autoproclamées et agressives de leurs pensées qu’ils veulent imposer à la société entière. Êtes-vous seulement conscients que l’entreprise Facebook, par ses algorithmes, vous enferme dans vos pensées et votre idéologie en ne vous donnant que l’information qui vous fera cliquer ou commenter ? Que vous êtes parqués comme du bétail au préjudice de votre liberté de savoir et qu’il ne vous est plus accessible qu’une vision déshumanisée ?


Gendarmes et policiers, ne sont pas à la solde du « pouvoir », ils sont au service des concitoyens, de la nation. Ils en font partie intégrante ! Être les garants de principes républicains et de valeurs ne fait pas d’eux les suppôts du pouvoir. Ils sont un demi pourcent des électeurs au service des institutions publiques que VOUS avez mises en place !


Et s’il fallait encore vous convaincre que la minorité des déviants ne représente en rien ceux qui vous servent au quotidien, nous voulons solennellement vous dire ceci.

Nous soutenons l’ensemble des femmes et hommes de la Gendarmerie Nationale et de la Police Nationale. Nous n’avons aucun scrupule à mettre au ban ceux d’entre nous qui commettent des violences illégitimes, à condition de vivre au-delà de la politique, des médias de circonstances et des réactionnaires abrutis des réseaux-sociaux !


Nous réclamons de la justice, la vraie, celle qui prend ses réquisitions au nom du peuple français, une sévérité envers ceux qui nous abîment, à hauteur des faits !


Nous réclamons du Président de la République, qu’il affecte des moyens humains et matériels, afin de justifier les actions tant au quotidien que dans le maintien de l’ordre. Nous lui demandons qu’il cesse, comme il le fait depuis bientôt trois ans, de supprimer sans négociation les mises en réserve budgétaires nécessaires au fonctionnement de l’Institution.


Nous réclamons du Ministre de l’intérieur, que soit immédiatement mise en place une commission permanente neutre et plurielle, composée de gendarmes, de policiers, de magistrats et de citoyens concernés pour débattre des affaires de dérives comportementales de la part des membres des forces de l’ordre et pour que chacun, à quelque niveau qu’il fut, prenne enfin ses responsabilités.


Il n’est pas acceptable que les commentateurs de plateaux télé, qui semblent connaître tous les éléments d’une intervention, souvent avant même les principaux acteurs, salissent l’engagement de la totalité des 250 000 gendarmes et policiers avec l’aval tacite des pouvoirs publics et des médias parce qu’une très petite minorité s’est trompée de vocation.

L’association dénonce un amalgame systématique qui ne laisse que peu de place à la sérénité des relations entre les forces de sécurité intérieures et les citoyens, tout en condamnant les violences illégitimes de part et d’autre. Généraliser le fait de quelques-uns à toute une profession ne peut que conduire à plus de violence et d’incompréhension. Il faut absolument apaiser les tensions, et garder raison.

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